Le mot d'ouverture du stage SNPLS-ANCOLI-ASA 2009
par le père François-Xavier Ledoux
(responsable du département Musique au Service National de Pastorale Liturgique et Sacramentelle)

 

Bonsoir à toutes et à tous !

Et bienvenue à cette nouvelle édition du stage de chant liturgique SNPLS – ANCOLI – ASA qui se tient, cette année, en un lieu important spirituellement, puisque nous sommes à St-Laurent-sur-Sèvre, « ville sainte de la Vendée » où une basilique abrite le tombeau de saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), grand apôtre missionnaire en France, fin XVIIe/début XVIIIe siècles. Jean-Paul II est venu ici, vous le savez, en 1996, pour se recueillir sur sa tombe, puisqu’il le considérait comme l’un de ses maîtres spirituels en raison de leur grande dévotion commune pour la Vierge Marie.

Ce stage est donc placé sous un haut patronage spirituel. Mais il l’est aussi musicalement. Car, pour évangéliser, saint Louis-Marie Grignion de Montfort a laissé un grand nombre de cantiques populaires, souvent composés sur des airs profanes…

De chants, de musique, il sera beaucoup question au cours de ce stage, et sous différentes formes, et je vous en parlerai déjà, dans quelques instants, sous forme de souhaits. Mais je voudrais tout d’abord commencer par adresser plusieurs mercis.

Mon premier merci va tout d’abord aux stagiaires. Et il ne s’agit pas là de « démagogie » de ma part, mais je voudrais vous dire combien votre nombre (presque 80) me réjouit. Pourquoi ?... Parce que nos communautés chrétiennes ont plus que jamais et toujours besoin de personnes formées, et surtout bien formées, pour assurer le service de la louange dans nos liturgies. Aussi, prendre une semaine sur votre budget et votre temps de vacances pour cela mérite que l’Église vous remercie prioritairement.

Bien entendu, je remercie aussi tous les formateurs qui font de même et qui ont préparé ce stage pour vous depuis plusieurs mois, et tout particulièrement Paul Craipeau, président de l’Ancoli, ainsi que ses collaborateurs.

Enfin, je me permets de remercier, d’ores et déjà, au nom du SNPLS, les responsables de ce lieu qui nous accueille ici pendant une semaine.

 

Je voudrais maintenant essayer de redire quelle philosophie et quel esprit animent plus particulièrement ce stage cette année.

Vous êtes venus pour vous former davantage à l’animation musicale du chant liturgique et acquérir ainsi une meilleure technique vocale ou de direction de chœur ou d’animation d’assemblée. Tout cela est bien entendu très important et indispensable. Et j’espère que vous trouverez auprès de vos formateurs de quoi répondre un peu à cette attente. Mais cela n’est pas suffisant.

En effet, il nous a paru encore plus essentiel de veiller à ce que cette technique s’intègre toujours davantage dans une perception et un vécu plus globaux de ce qu’est la liturgie. Car la musique est un élément de la liturgie, - un élément très important, certes -, mais elle n’est pas le tout de la liturgie. C’est pourquoi, la technique, si bonne soit-elle, ne suffit pas à se former à l’animation liturgique. Je dirais même que le premier lieu de formation à la liturgie, c’est la liturgie elle-même, sous ses différentes formes. D’où le titre et le sous-titre de ce stage : « Vivre la célébration : Chant – Parole- Geste ». Aussi des célébrations, chaque jour différentes, jalonneront cette semaine de stage, pour vous permettre de « plonger » dans une sorte de « bain liturgique » continu, et ainsi mieux approfondir combien la liturgie est affaire de globalité, d’intégralité, qui engage plus que la musique, mais l’être chrétien tout entier, avec tout son corps, tous ses sens, toute son âme et tout son esprit, et aussi toute sa mémoire corporelle, émotionnelle, sensorielle, relationnelle et spirituelle, parce que, comme le dit si bien saint Augustin, « la plus belle louange de celui qui chante, c’est le chanteur lui-même ! » C’est dire combien les enjeux du chant liturgique sont profonds et dépassent la simple technique musicale, toujours nécessaire, encore une fois, mais jamais suffisante.

C’est pour cela que je voudrais maintenant, et pour finir, exprimer quatre souhaits : ils m’ont été inspirés par différents articles du prochain dossier Musique qui paraîtra dans un numéro à venir de la revue « Célébrer » du SNPLS. Je vous recommande donc chaleureusement de lire ce dossier pour en savoir plus et pour nourrir votre réflexion sur les différents points que je vais rapidement évoquer.

Tout d’abord, de même que j’ai commencé cette intervention par dire merci au « corps » des stagiaires que vous formez, de même je voudrais exprimer mon premier souhait à propos du Mystère de l’Assemblée. On ne redira jamais assez combien les fidèles assemblés pour la liturgie ne sont pas « des gens » qu’il faudrait « faire chanter », mais bel et bien des baptisés rassemblés au nom du Christ (au milieu desquels Il se tient réellement présent), et qui, par leurs voix, et au titre de leur dignité baptismale de prêtres, prophètes et rois, sont appelés à entonner le Chant nouveau. À ce titre, s’il est bien une réalité « sacrée » en liturgie, c’est bien cette voix sainte des baptisés, car elle est la voix même du Corps du Christ ressuscité. Et en raison de cette dignité, elle mérite donc, de la part des célébrants comme des musiciens, un infini respect, comme l’on respecte le corps du Christ présent dans les saintes espèces ou dans sa Parole. A contrario, redisons-le fortement, elle ne mérite donc absolument pas l’écrasement assourdissant et permanent d’une seule voix microphonique (chantre-animateur ou chorale), comme c’est le cas si souvent dans bien de nos célébrations. C’est pourquoi, je vous souhaite la joie de la découverte (ou la redécouverte) de l’expérience de la voix nue, dans vos ateliers de technique vocale, bien sûr, mais aussi et surtout dans les liturgies qui ponctueront ce stage, cette voix nue dont votre corps est le premier « diffuseur » (et non le micro.), corps traversé par un souffle de vie divine et « Temple de l’Esprit Saint ».

À partir de là, et à partir de là seulement, c’est-à-dire à partir de cette compréhension très profonde du mystère de l’Assemblée, je voudrais formuler un deuxième souhait. En effet, si en préparant la messe chaque dimanche, nous gardons toujours présente à l’esprit et au cœur cette conception hautement théologique et mystique de ce que nous sommes quand nous chantons la liturgie, alors il nous apparaîtra clairement que le « comment chanter ?» est tout aussi important que le « quoi chanter ? », en adéquation bien entendu avec le rite célébré : si l’assemblée mérite que l’on mette sur ses lèvres des textes qui respectent sa dignité baptismale, il est tout aussi capital qu’elle puisse le faire en fonction de ses capacités (nombre, moyenne d’âge, lieux et horaires, etc.), chanteurs et musiciens compris. Or, on sait combien une mise en œuvre peut défigurer une partition ou la valoriser. Là encore, il en va du respect accordé à ce corps ecclésial constitué en assemblée de louange. C’est pourquoi je vous souhaite la joie de découvrir (ou redécouvrir) combien le chant est plus qu’une partition, mais qu’il est avant tout une action du Christ lui-même qui, par le chant, nous transforme et fait de nous ce Cantique nouveau que j’évoquais précédemment.

Mon troisième souhait ira du côté de l’écoute, car « la foi naît de l’écoute » nous rappelle saint Paul dans l’épître aux Romains (10, 17). Or, cette affirmation paulinienne capitale s’origine dans ce qui est au fondement même de toute la foi juive et au cœur de sa prière quotidienne, trois fois par jour : « Écoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est l’unique… » (Dt 6, 4). Jésus en a été pétri et a fait sienne cette attitude d’écoute. Elle est donc aussi au cœur de notre foi et fonde les conditions de transmission et d’expression de cette foi, puisque, comme l’ajoute encore saint Paul : « ce que l’on entend, c’est l’annonce de la Parole du Christ » (Rm 10, 17). Mais, il ne s’agit pas seulement ici d’une écoute « auditive », si je puis dire, qui passerait seulement par nos oreilles, mais d’une écoute intégrale qui est traversée, passage, visitation de la Parole de Dieu à travers notre être chrétien tout entier : les os, la peau, les sens, bref, tout notre corps doit se mettre à l’écoute de cette Parole dont les chants, pétris de la sainte Écriture, se font les vecteurs. Ils nous invitent alors à nous mettre à l’écoute de notre propre voix comme de celle des autres membres de l’assemblée.

C’est pourquoi je vous souhaite la joie de découvrir (ou redécouvrir) combien il n’est pas de véritable service de la louange sans cette attitude profonde d’écoute de tout ce qui passe par votre corps et par tout le corps ecclésial assemblé, afin de mieux prêter l’oreille à la voix du Seigneur qui ne se livre pas à travers un micro tonitruant mais « dans la brise d’un fin silence » que souffle l’Esprit.

Et c’est sur cette question du silence que je voudrais maintenant terminer brièvement. En effet, si le chant et la musique dans la liturgie ne nous conduisent pas à un moment ou à un autre à ce silence intérieur sans lequel il n’est pas de véritable expérience de la rencontre de Dieu, alors c’est que le chant et la musique sont plus du côté du divertissement que de l’apaisement, de l’exhortation que de l’intériorisation, de l’agitation que de l’écoute. C’est pourquoi je vous souhaite la joie de découvrir (ou redécouvrir) qu’en liturgie, « il ne s’agit pas tant de chanter que d’être chanté » pour être ainsi conduit à ce silence intérieur où se révèle notre propre beauté, beauté de notre corps propre de baptisé, beauté du Ressuscité dans la manifestation et l’édification de son corps qu’est l’Église, son Épouse, quand elle chante par Lui, avec Lui et en Lui, le cantique des noces de l’Agneau.

Pour conclure, je voudrais dire qu’accepter d’entrer ainsi en formation de chant liturgique témoigne déjà d’une véritable attitude d’humilité, vertu indispensable en ce domaine, pour pouvoir se laisser mettre, par l’Esprit, en attitude d’écoute de la Voix du Père (Ps 94) et de la Parole du Verbe fait chair, tout au long de cette semaine, comme à chaque célébration. Je souhaite donc à tous et à chacun un excellent stage. Et encore merci d’être là.